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Suivi par satellite de cigognes blanches

- Etude 1997 -

--> L'objectif de l'étude menée en 1997 par le Centre d'Ecologie et Physiologie Energétiques du CNRS de Strasbourg sous la responsabilité de Thierry Zorn et Delphine Picamelot, était d'établir si la sédentarisation en Alsace d'une partie de la population de cigognes était susceptible d'influencer le comportement migratoire des générations suivantes, et plus encore si le statut migratoire des parents pouvait influencer le comportement migratoire de leurs propres jeunes.

--> Les balises Argos utilisées dans cette étude étaient miniaturisées (90x45x30 mm, 80 g). La programmation des balises pour une localisation tous les 2 à 4 jours devait permettre le fonctionnement de la batterie pendant au moins 5 mois, c'est à dire permettre de suivre les oiseaux tout au long de leur trajet migratoire automnal.

Pour plus d'infos techniques, cliquez sur la photo

Plus de détails sur la Balise Argos et les techniques de suivi par satellite en cliquant ici. Photo D Picamelot.

--> Le choix des 6 cigognes suivies en 1997 a été étudié en fonction de l'objectif de l'étude, et qui était de comprendre dans quelle mesure le fait de sédentariser une partie de la population pouvait influencer les générations suivantes. Les 6 cigognes choisies, toutes nées en 1997, avaient donc des parents de statuts très différents et n'avaient pas été élevées dans des environnements similaires. Deux d'entre elles étaient nées en couveuse, et élevées par l'homme dans le Parc des cigognes d'Hunawihr (Haut-Rhin), mais ont eu accès à la liberté dès qu'elles ont été capables de voler. Deux étaient nées dans le parc des cigognes d'Hunawihr, dans un nid libre, de parents qui avaient été sédentarisés. Enfin, les deux dernières étaient nées à proximité de l'enclos de réintroduction de Steinbourg (Bas-Rhin), dans un nid libre, de parents supposés migrants.

La pose des balises de suivi par satellite a eu lieu en Juillet 1997, quand les jeunes commençaient à peine à voler et donc pouvaient encore être capturés relativement facilement dans le nid.

Pose d'une balise sur une jeune cigogne blanche en 1997. Photo D Picamelot.

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Résultats de l'étude de 1997

--> Grâce à cette technique, les déplacements des 6 jeunes cigognes ont été suivis tous les 2 à 4 jours, pour certaines jusqu'en Espagne. Si, avant le départ, les localisations en Alsace n'étaient pas très précises, elles indiquaient tout de même que les cigognes n'avaient pas encore quitté leur site d'origine. Les cartes ci dessous vous indiquent les trajets obtenus par le CEPE, après une première interprétation des données brutes disponibles en cliquant ici ou sur les cartes.

Données brutes disponibles en cliquant ici

Parmi les deux cigognes nées à Steinbourg de parents supposés migrants, la cigogne baguée CRBO 2444, et surnommée Altaïr, est partie d'Alsace le 8 Septembre. Après une traversée en 4 jours du Massif Central, elle a été détectée pour la dernière fois aux alentours de Carcassonne le 18 Septembre. Le surlendemain, elle a été retrouvée à 500 km de là par des ornithologues espagnols, électrocutée au pied d'un pylône électrique des environs de Burgos. Elle avait parcouru au minimum 1170 km depuis l'Alsace. Télécharger la carte du trajet d'Altaïr.

Données brutes pas encore disponibles

La deuxième cigogne née à Steinbourg de parents supposés migrants, baguée CRBO 2448 et surnommée Bételgeuse, est partie du village à la fin du mois de Septembre et a été enregistrée à partir du 4 Octobre dans le Jura suisse. Les localisations étant très proches les unes des autres d'Octobre à Décembre, on pouvait craindre une mort accidentelle de l'oiseau sur son parcours migratoire. Thierry Zorn s'est donc rendu sur place le 19 Décembre, et a pu localiser la cigogne dans une prairie près du village de Damphreux. Un villageois distribuant de la nourriture régulièrement, ainsi que la présence de nombreuses prairies inondables et de plusieurs congénères, devaient présenter un environnement très favorable, puisque cette cigogne est restée sur place au moins jusqu'au milieu du mois de Janvier, lorsqu'une capture a permis de récupérer la balise dont les batteries étaient presque épuisées. Télécharger la carte du trajet de Bételgeuse.

Cigogne en vol plané. Photo D Picamelot.

Les deux cigognes nées de parents sédentarisés, baguées Hunawihr 0909 et 0913, et respectivement surnommées Cérès et Deneb, ont quant à elles atteint l'Espagne. Deneb a quitté l'Alsace le 8 Septembre et est descendue vers le sud via la vallée du Rhône, puis a longé la côte méditerranéenne jusqu'à la frontière espagnole où elle s'est arrêtée deux jours. Elle a traversé les Pyrénées le 14 Septembre dans leur partie la plus orientale, et a continué de longer la côte jusqu'au 17 Septembre. A cette date, elle a été retrouvée grièvement blessée au bord d'une route près de Castellon de Plana. Malgré l'intervention des ornithologues locaux, elle est morte quelques jours plus tard dans un centre de soin. Télécharger la carte du trajet de Deneb.

Données brutes disponibles en cliquant ici

Enfin, Cérès est partie d'Hunawhir le 18 Août, mais son trajet en France n'a pas pu être détaillé entre l'Alsace et une halte de plusieurs jours au milieu des Pyrénées. Elle a ensuite traversé le massif montagneux par sa partie centrale, puis a bifurqué vers le sud et a survolé le nord de l'Espagne, avant d'être détectée au niveau des îles Baléares pendant quelques jours. Elle a finalement regagné la péninsule ibérique le 28 Août, et a ensuite été localisée dans la basse vallée de l'Ebre durant tout le mois de Septembre. Jusqu'à épuisement des batteries de la balise, les localisations sont restées inféodées à cette zone, sans que l'on puisse savoir si Cérès y est restée vivante, ou si elle y est morte alors qu'elle s'apprêtait à continuer son voyage vers l'Afrique. Télécharger la carte du trajet de Cérès.

Données brutes pas encore disponibles

Les deux cigognes élevées par l'homme, bien que totalement libres, n'ont pas quitté les environs du parc de cigognes d'Hunawihr. Les balises leurs ont été enlevées après quelques semaines. Elles ont donc présenté une sédentarisation spontanée, bien qu'elles n'aient jamais été maintenues en captivité.

--> Ces résultats préliminaires pourront être modifiés avant leur publication par les chercheurs en fonction de l'interprétation de nouveaux paramètres (données complémentaires, bibliographie...) .

Fichier Excel ou Image JPEG du fond de carte vierge avec quadrillage

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Analyse des résultats

--> Analyse des trajets migratoires

-->Les résultats obtenus en 1997 par le CEPE sont riches d'informations. Ils confirment tout d'abord la très forte mortalité des cigognes alsaciennes lors de la première migration, puisque 2, et probablement 3 des 3 cigognes qui ont atteint l'Espagne sont mortes en quelques semaines. Les deux morts connues sont accidentelles, mais sont probablement représentatives des principaux risques encourus par les cigognes sur le trajet, à savoir électrocution et collision. Ces données concourent à infirmer l'hypothèse parfois avancée que le déclin de la sous-population Ouest-européenne serait principalement lié à une raréfaction des zone humides sur les sites de nidification.

--> De plus, le suivi par satellite des trajets migratoires montre que certaines cigognes gagnent l'Espagne en traversant le massif central et non la vallée du Rhône. La côte méditerranéenne est donc parfois évitée, et les Pyrénées alors franchies à différentes longitudes. Les résultats concernant les trajets en l'Espagne sont moins explicites, car trop rapidement écourtés par une mortalité précoce. Le survol des îles Baléares par une cigogne pendant plusieurs jours à tout de même été une surprise. En effet, il n'a été que rarement observé des cigognes volant au dessus de la Méditerranée en dehors des détroits.

--> Les comportements observés

--> Sur les 6 jeunes suivis, les 2 cigognes élevées par l'homme, pourtant libres depuis leur premier envol, n'ont pas présenté la moindre tentative de migration. Ce comportement de sédentarisation spontanée peut être en partie imputé à l'imprégnation humaine, même lorsqu'elle est limitée en temps et en intensité, et à l'influence d'une population déjà sédentaire de plus en plus présente autour des jeunes individus.

--> L'installation pour l'hiver de l'une des jeunes cigognes dans le Jura suisse confirme également la possibilité d'erratisme localisé, même pour une cigogne issue de parents supposés migrants. Ce comportement a déjà été mis en évidence grâce au système d'identification électronique, et pourrait donc ne pas être exceptionnel, une proportion non négligeable de jeunes partis au moment de la migration ne poursuivant pas leur voyage jusque sur les lieux d'hivernage africains.

--> Enfin, les tracés obtenus pour les 3 cigogneaux qui ont entamé une migration vers l'Espagne ont indiqué que la migration reste un comportement "normal" pour une majorité des jeunes de la population alsacienne. Le trajet jusqu'en Espagne a pu être confirmé pour les trois migrantes, mais la poursuite du voyage jusqu'en Afrique n'a pas pu être établi. La seule cigogne dont nous n'ayons pas de preuve de mortalité est peut-être restée fixée dans la basse vallée de l'Ebre, comme de très nombreuses cigognes migratrices qui trouvent sur les décharges publiques espagnoles ou dans les rigoles d'irrigation des champs de la nourriture abondante et facile à capturer.

--> Conclusions

Les suivis par satellite ont donc indiqué que 3 des 6 jeunes étudiés avaient au moins atteint l'Espagne, et ceci bien que 2 d'entre eux aient été issus de parents sédentarisés. Ces résultats prouvent donc que la migration des cigogneaux alsaciens à travers l'Espagne et vers l'Afrique au cours de leur premier automne reste le comportement le plus couramment rencontré, l'origine parentale n'ayant pas une influence systématique.

Cependant, comme le laissaient supposer quelques reprises de bagues dans la région de naissance au cours des deux premières années de vie, le suivi satellite d'un cigogneau alsacien qui a passé son premier hiver dans le Jura suisse a indiqué que certains jeunes ne partent pas en Afrique au cours de leur premier automne, mais évoluent pendant plusieurs mois dans un périmètre limité à quelques centaines de kilomètres.

De même, la sédentarisation spontanée de certains jeunes a été mise en évidence par l'absence de départ de deux cigogneaux porteurs de balises de suivi satellite. Ces observations suggèrent que la sédentarisation spontanée pourrait être liée à une certaine imprégnation humaine et à une influence croissante des populations de cigognes sédentaires, groupées sous forme de "colonies" autour des enclos de lâcher.

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