Présentation
de l'espèce
--> Le
Manchot Empereur est un oiseau extraordinaire. Comme son proche
cousin le manchot royal (également
présenté sur ce site), il ne peut absolument pas voler
mais est parfaitement adapté à la nage. Un adulte mesure
1 mètre 20 debout : c'est le plus grand des "sphéniscidés".
Ses ailerons mesurent environ 35 cm, et son bec est fin et courbé
(environ 10 cm). Il pèse en moyenne un peu moins de 30 kg, mais
selon la période du cycle annuel cela peut osciller entre 20
et 40 kg. Il n'y a pas de différence visible entre les mâles
et les femelles, même si celles-ci sont en moyenne un peu plus
minces que les mâles.
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--> Son plumage,
car ce sont bien des plumes qui recouvrent son corps, est gris
ardoise sur le dos, blanc sur le ventre et la poitrine. Une ligne
de plumes noires sépare ces deux zones. La tête est
noire, avec deux taches semi-circulaires oranges et jaunes sur
les côtés, dont la couleur va en dégradé
vers le bas de la nuque. Une bande rouge/rose orne chaque côté
de la mandibule inférieure (bec). Les pattes sont courtes,
larges et foncées.
--> Le poussin
porte un épais duvet gris clair, mais sa tête est
noire avec un masque blanc autour des yeux. Le juvénile
(jeune pas encore en âge de se reproduire) est semblable
à l'adulte, à l'exception des taches colorées
de la tête qui sont grises ou très estompées.
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--> Le manchot empereur partage sa vie entre la mer
et la bordure du continent antarctique. Si en mer il nage seul ou en
petits groupes pour trouver sa nourriture, à "terre"
il rejoint d'immenses colonies de plusieurs milliers
d'individus sur la banquise. Il est très sociable et peu
agressif.

Systématique
--> Le Manchot Empereur Aptenodytes
forsteri et le Manchot Royal Aptenodytes
patagonica forment
à eux deux le Genre "Aptenodytes", qui signifie "plongeur
sans ailes". Ils appartiennent à la Famille des Sphénicidés,
terme signifiant "en forme de coin" et faisant allusion à
la forme pointue de leurs ailerons. Ils sont protégés
par la loi.
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Sous-Embranchement
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Vertébrés |
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Classe
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Oiseaux |
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Ordre
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Sphéniciformes |
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Famille
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Sphénicidés |
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Genre
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Aptenodytes |
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Espèce
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forsteri |
--> Il existe 17 espèces de sphéniciformes,
appelés aussi manchots. Elles sont
toutes réparties dans les eaux froides de l'hémisphère
sud et ont en commun leur incapacité au vol aérien.
On pense que les manchots sont issus d'ancêtres communs aux pétrels
ou albatros actuels, il y a 50 millions d'années, qui auraient
perdu leur aptitude au vol tout en améliorant leurs qualités
de nageurs et plongeurs. Ils n'ont donc rien en commun avec d'autres
oiseaux incapables de voler comme les autruches !
--> Il ne faut pas confondre les
manchots et les pingouins !!! Ces derniers appartiennent à
la Famille des Alcidés (comme les guillemots ou les macareux),
qui vivent dans l'hémisphère nord et ont toujours la capacité
de voler. Malheureusement, les manchots ressemblent beaucoup à
une espèce d'Alcidé aujourd'hui disparue, le Grand Pingouin
... et la confusion a été faite par les marins des siècles
derniers ! Elle est depuis entretenue par l'appellation anglophone des
manchots qui est traduite "penguins".

Biologie
générale
--> Le manchot
se déplace en
mer en nageant, ses ailes lui servant de nageaoires.
Sur la glace, il avance soit en marchant
debout sur ses pattes (à environ 3 à 5 km/h, mais avec
des pauses fréquentes), soit en glissant sur le ventre ("toboganning",
6 à 8 km/h) ses ailes et ses pattes lui servant alors à
se propulser sur la glace.

--> Tout
le corps du manchot empereur est adapté à la nage et à
la vie en milieu froid. Les ailes
sont de véritables palettes natatoires, aplaties et rigides.
Les pattes sont palmées et repoussées
vers l'arrière du corps. Les plumes
sont courtes, nombreuses et rigides (assurant environ 80% de l'isolation
et une bonne pénétration dans l'eau). La forme fuselée
et rebondie du corps est très hydrodynamique
et limite la surface corporelle. Les extrémités
du corps disposent de systèmes physiologiques de préservation
de la chaleur. Une épaisse couche de graisse
située juste sous la peau assure le reste de l'isolation.
Si on ajoute une posture souvent immobile
qui limite les dépenses énergétiques, le
métabolisme de base est en conséquence suffisamment
faible pour permettre un jeûne prolongé assurant le succès
reproducteur.
-->Pour encore mieux lutter contre le froid de l'hiver
austral, les manchots empereurs ont adopté un comportement social
qui leur fait économiser beaucoup d'énergie : le
regroupement en "tortue". Cela consiste à se
serrer les uns contre les autres, en un groupe très dense (8
à 10 manchots au m²), et en ne présentant que le
haut de son dos au vent froid, afin de limiter les pertes de chaleur.
Les individus changent régulièrement de place dans la
"tortue" (appelée ainsi par analogie avec la formation
militaire du même nom connue chez les romains), afin que ceux
situés à la périphérie, plus exposés,
soient relayés par ceux du centre, mieux protégés
(voir plus de détails au chapitre
Résultats).

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--> Le Manchot empereur se
nourrit exclusivement en mer. En été (déc-févr)
il chasse en mer, à proximité du pack, afin de reconstituer
ses réserves. En hiver (mai-juil), deux comportements sont
observés pour atteindre de l'eau libre durant la reproduction.
Soit il rejoint le bord de la banquise, mais il est dans ce cas
contraint de marcher plusieurs dizaines ou centaines de kilomètres,
soit il exploite des zones non gelées au milieu de la banquise,
appelées polynies (surtout quand la bordure de la banquise
est très éloignée de la colonie). Il pêche
du krill (petits crustacés),
des poissons et des céphalopodes
(calmars) au cours de longs trajets alimentaires en mer, ponctués
de plongées profondes (200-250 m en moyenne, jusqu'à
500 m). Il est contraint au jeûne
durant les périodes passées à terre où
il ne peut que s'hydrater en avalant de la neige.
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--> En dehors de la reproduction (voir
paragraphe ci-dessous), l'autre activité importante
des manchots à terre est la mue.
En effet, le plumage doit être régulièrement
renouvelé pour conserver ses qualités isolantes
et protectrices. Les nouvelles plumes poussent les anciennes,
ce qui diminue temporairement l'isolation du plumage. Durant cette
période, qui dure un peu plus d'1 mois en janvier-février,
les manchots empereurs ne peuvent pas plonger dans les eaux froides
de l'océan antarctique. Ils sont donc soumis à nouveau
à un jeûne alors que l'organisme a besoin de beaucoup
d'énergie pour fabriquer les nouvelles plumes.
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Reproduction
--> Le cycle
annuel du manchot empereur met en évidence un mode de
repoduction exceptionnel, puisque les oeufs sont
couvés durant la période la plus froide de l'année.
Toute la reproduction s'effectue sur la banquise (glace
de mer stable), durant l'hiver austral, en immenses colonies,
et impose donc de longues semaines de jeûne
pour les adultes puisqu'ils ne peuvent se nourrir qu'en mer (schéma
d'après Jouventin et al., 1995).
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--> Au mois de mars (automne austral), après avoir
reconstitué en mer leurs réserves de graisse après
la mue, les manchots, très synchronisés,
reviennent par milliers vers leur colonie pour trouver un partenaire.
Ils doivent pour cela marcher sur la banquise en longues colonnes,
durant des dizaines de kilomètres. Les sites de reproduction,
vastes étendues de glace plane, doivent en effet être
au maximum à l'abri de la débacle. Parades et accouplements
se succèdent en avril, au son de chants permettant la reconnaissance
de chaque individu. Fidèles au cours d'une saison, ils
ne sont cependant que 15% à retrouver le même partenaire
l'année suivante.
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--> Le Manchot empereur ne fait
pas de nid. L'oeuf unique (blanc,
12.5x8.5 cm, 450 g), pondu en mai, est posé sur les pattes de
l'adulte, protégé par un repli de peau nue du ventre (poche
incubatrice) qui maintient une température optimale de 35°C
pour l'incubation. Juste après la ponte, la femelle transmet
l'oeuf au mâle et part en mer pour se nourrir (après avoir
donc subi presque 2 mois de jeûne). Le mâle assure seul
l'incubation qui dure 62-64 jours, au plus froid de l'hiver, et jeûne
donc près de 4 mois. Seule une extraordinaire
adaptation à ce climat, notamment
par le comportement en "tortue", permet aux manchots empereurs
de mener à bien cette incubation.
--> Le poussin éclôt
donc au milieu de l'hiver austral (juillet). Pesant 315 g, il ne peut
pas encore assurer lui-même sa régulation thermique. Il
faut avant tout le protéger du vent et du froid, et bien entendu
le nourrir. Il reste donc sur les pattes de ses parents, sous la poche
incubatrice. Ses premiers repas sont souvent constitués d'une
sécrétion de l'oesophage du mâle, donnée
par régurgitation, bien que l'adulte n'ait pas mangé depuis
plus de 2 mois. Dès le retour de la femelle, le poussin lui est
transmis pour environ 30 jours, et elle le nourrit par une succession
de régurgitations partielles durant plusieurs jours. Pendant
ce temps, le mâle rejoint l'océan pour se nourrir enfin,
après avoir perdu 12 à 15 kg. Lorsque
le mâle rentre de mer, les parents alternent les trajets en mer
et les nourrissages à terre, jusquà ce que
le petit soit suffisamment autonome pour pouvoir attendre ses parents
au sein de crèches regroupant des dizaines de poussins (poussin
émancipé). C'est alors la voix et le chant qui permettra
aux familles de se retrouver pour les repas.
    
--> Cette période va durer de septembre à
novembre-décembre, date à partir de laquelle les poussins
ne sont plus nourris par les parents. Alors âgés
de 5 mois, ayant mué et atteint 10 à 15 kg, ils partent
à leur tour en mer. Ce n'est qu'à ce moment-là
que ladulte pourra reconstituer en mer ses propres réserves,
puis venir muer à son tour en janvier-février. Les poussins
continueront leur croissance pendant une année, en mer, et seront
aptes à se reproduire à partir de 5 ans en moyenne.
--> Les trajets des manchots
empereurs, sur la glace et en mer, ont donc des caractéristiques
différentes selon la période du cycle annuel. Mais il
étaient jusquà lutilisation des balises Argos
pratiquement inconnus. Les résultats des études menées
grâce à cette technique vous sont présentés
dans le chapitre Résultats.

Répartition
- Géographie
--> Le Manchot Empereur se
répartit uniquement dans la zone
antarctique. Les colonies de reproduction se situent entre
66° et 78° Sud (en orange
sur la carte), sur les glaces de mer formées en bordure
du continent antarctique. En mer (en marron
sur la carte), ces manchots remontent rarement au delà
de 60° Sud.
--> Difficile à évaluer à cause des
conditions climatiques régnant au moment de la reproduction,
l'effectif total des manchots empereur
dépasserait les 400000 individus répartis en une
trentaine de colonies.
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--> Le climat des côtes de l'Antarctique
est extrèmement froid durant l'hiver. Les basses températures
(souvent -30°C) sont renforcées par des vent violents
et des précipitations. En été, la banquise
se disloque mais la température monte rarement au dessus
de 0°C. Au centre du continent, le climat est encore plus
froid (-80°C parfois), mais sec et sans vent.
--> Les paysages antarctiques,
glaciers, iceberg et falaises, forment des dénivelées
parfois très importantes, infranchissables pour les manchots
peu agiles au sol. La végétation
se limite à quelques mousses et lichens visibles sur le
continent et les îles en été.
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--> La faune, inféodée
aux côtes, est également très limitée
et très spécialisée, en raison des conditions
climatiques. Le manchot Adélie (Pygoscelis adeliae)
se reproduit sur les rochers, en période estivale, plus
clémente mais plus courte que l'hiver. Les autres animaux
rencontrés sur place sont des mammifères marins
(phoques, léopards de mer) et quelques espèces d'oiseaux
marins (pétrels et skuas).
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Menaces
et mortalité
--> Peu de prédateurs
naturels s'attaquent aux manchots empereurs adultes.
En mer, ils peuvent cependant être chassés par des orques
ou des léopards de mer, mais ce sont souvent les individus les
moins expérimentés (subadultes) qui périssent sous
leurs mâchoires. Par contre, à terre, les
oeufs et les jeunes laissés seuls ou affaiblis peuvent
être la proie de grands oiseaux (petrels géants et skuas),
pourtant le plus souvent charognards.
--> Les conditions climatiques
naturelles sont souvent la cause directe de la mortalité
des poussins, sauf s'ils sont surpris par le froid ou, au contraire,
par une brusque débâcle avant l'émancipation.
--> Parfois c'est simplement la
maladresse de parents inexpérimentés qui cause
la perte de l'oeuf, par exemple si l'adulte est bousculé, et
ceci surtout en "tortue" au début de l'incubation.
Plus tard, si le partenaire parti plusieurs jours en mer pour s'alimenter
ne revient pas à temps, l'autre membre du couple pourra finalement
abandonner son poussin pour sauver sa propre
vie, en allant lui aussi se nourrir en mer. Le petit poussin non-émancipé
sera alors incapable de jeûner et de lutter contre le froid.
--> Enfin, le manchot empereur, s'il n'est plus chassé
par l'homme (c'est une espèce protégée), est tout
de même menacé par un certains
nombre de facteurs. Tout d'abord le réchauffement général
du climat qui peut modifier l'environnement de certaines de ses zones
de reproduction. Ensuite, un éventuel dérangement des
colonies, le traffic maritime et l'exploitation des stocks de biomasse
marine, ou la pollution. Ainsi les effectifs totaux
semblent accuser une légère baisse, même si ils
sont encore stables dans certaines zones.




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