Présentation
de l'espèce
--> La
présence de tortues marines en Guyane est mentionnée
depuis le 18ème siècle par les naturalistes, mais il semble
que des tortues luths, si différentes des autres tortues aquatiques,
aient été observées dès le 16ème
siècle près des côtes de France. Une
grande partie de la vie de la Tortue Luth reste cependant encore très
mystérieuse.
--> La
Tortue Luth est un reptile chélonien dermochélyidé,
c'est à dire qu'il ne possède
pas d'écaille cornée comme les autres tortues, ni
sur son dos, ni sur le reste du corps. Sa pseudo-carapace
dorsale est formée de 5 crêtes tuberculées
séparées par une mosaïque de petits nodules
osseux imbriqués formant une structure (dossière)
indépendante du reste du squelette, contrairement aux autres
tortues dont la large dossière osseuse est soudée
aux côtes. La solidité de la carapace est assurée
par une couche très épaisse de tissu conjonctif
graisseux et de cartilage entourant les nodules, ce qui lui confère
une certaine souplesse très utile lors des plongées
profondes. Le tout est recouvert d'une peau brillante ayant l'aspect
du cuir, de couleur bleu-noir tacheté
de blanc, plus claire sur le ventre, permettant un camouflage
sous-marin quel que soit l'angle d'observation (d'où le
nom anglophone " leatherback "). Les 5 carènes
dorsales longitudinales, complétées par deux carènes
latérales et 5 ventrales, renforcent la forme de luth caractéristique
de cette espèce, présentant une zone frontale large
et arrondie et une zone caudale triangulaire et pointue.
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--> Sa
taille imposante est un deuxième élément
caractéristique, puisqu'avec une carapace d'en moyenne 1,60 m
de long pour 1m de large, et une masse de 360 kg, elle est la plus grosse
tortue au monde. Un mâle a même été recensé
comme pesant plus 900 kg et mesurant plus de 2 m de long. Sa tête
est également très imposante, large sur un cou très
court ne permettant pas de rétractation sous la pseudo-carapace.
Dépourvue de dents, comme les autres tortues marines, la Tortue
Luth possède cependant une sorte de bec
à plusieurs pointes tranchantes lui permettant d'attraper
et de découper ses proies.

-->Enfin,
elle possède quatre membres locomoteurs
adaptés à une nage puissante, puisque ses nageoires,
formées des doigts réunis sous une peau commune, sont
plates, longues et larges pour une propulsion aquatique optimale (surtout
les nageoires antérieures), et très mobiles pour orienter
au mieux les déplacements (surtout les nageoires postérieures).
Aucune griffe ni écaille n'est visible sur les nageoires.

Biologie
générale 
--> Comme
toutes les tortues marines, la Tortue Luth respire
de l'air à la surface de l'eau en utilisant ses narines
et ses poumons. Cependant, elle peut rester plus de 20 min en plongée,
en utilisant l'oxygène dissous dans certains de ses tissus ou
en extrayant un peu de l'oxygène de l'eau grâce à
des papilles allongées présentes dans sa gorge. Sa carapace
souple et les grandes quantités de graisse de son organisme lui
permettent de plus de supporter les fortes contraintes de la pression
liées à des plongées à très grande
profondeur (jusqu'à 1000 m).
--> Elle
se nourrit presque exclusivement de méduses, proie pourtant
peu énergétique. Il lui faut en avaler de grandes quantités
pour atteindre sa ration alimentaire quotidienne, et doit donc effectuer
de grandes migrations à travers les océans pour trouver
des zones riches en méduses.

--> Son
métabolisme est également très particulier.
Contrairement aux mammifères par exemple, la plupart des reptiles
ne parviennent pas à maintenir leur température corporelle
constante, celle-ci diminuant en milieu froid (l'activité diminue)
et augmentant en milieu chaud (l'activité peut reprendre). Pour
la Tortue Luth, les basses températures ne semblent pourtant
pas être incompatibles avec une activité élevée,
puisqu'elle parvient à contrôler en partie sa température
interne et à maintenir une température supérieure
à celle des eaux froides où elle vit. Ces capacités
de thermorégulation sont sans doute à la fois dues à
des facteurs physiologiques (masse imposante, épaisse couche
de graisse isolante, système de limitation des pertes de chaleur
par les pattes) et comportementaux (ponte de nuit), mais qui ne suffisent
cependant pas à l'expliquer totalement.

Reproduction
--> La
reproduction des tortues marines reste assez mystérieuse,
car les mâles, et plus encore les accouplements, sont rarement
observés. La fécondation est interne, le mâle déposant
son sperme dans le cloaque de la femelle grâce à son pénis
au cours d'une copulation aquatique acrobatique. Plusieurs accouplements
peuvent se succéder avec des partenaires différents. Les
femelles stockeraient alors la semence mâle dans leurs voies génitales
pour féconder leurs ufs progressivement tout au long de
la période de reproduction qui dure plusieurs semaines, et qui
est rythmée par les pontes à terre. Les mâles, eux,
ne semblent jamais revenir à terre après leur naissance.
--> En
Guyane, les pontes de tortues luth ont lieu en général
en mai et juin, à intervalles assez réguliers de
10 jours, et se répètent 5 à 10 fois au cours de
la saison de reproduction. Chaque ponte suit un
protocole précis, débutant, au milieu de la nuit,
par la sortie de l'eau (atterrissage, durée d'environ 10 min)
et la montée vers le haut de la plage, à l'abri des marées
hautes. La tortue balaye alors l'emplacement choisi avec ses pattes
(15 min) avant de creuser un nid, simple puits de 80 cm de profondeur
en forme de patte d'éléphant, à l'aide de ses pattes
arrières (20 min). Puis elle s'immobilise au dessus du trou et
pond une centaine ufs (15 min). Quant elle a évacué
tous les ufs de son tractus génital, elle comble le nid
avec du sable à l'aide de ses pattes arrières (10 min),
puis brouille l'emplacement de la ponte en effectuant des déplacements
plus ou moins circulaires accompagnés de balayages (20 min).
Enfin, elle se dirige, mais pas toujours directement, vers la mer pour
retrouver l'élément liquide. Sa difficulté à
se déplacer à terre est proportionnelle à son agilité
dans l'eau.
--> Au cours de la ponte, la
tortue secrète autour des yeux une substance gélatineuse,
à tord prise pour des larmes de douleur, et dont le rôle
semble être à la fois l'hydratation et la protection des
yeux à terre et l'évacuation de sels concentrés
dans son organisme du fait de sa nourriture marine.

--> Les 80 ufs
fertiles, blancs et ronds, mesurent en moyenne 5cm de diamètre
et pèsent environ 80g. Leur coquille est souple et humide,
si bien qu'ils s'amassent au fond du nid sans se casser, avant
d'être recouverts par une trentaine de petits ufs
infertiles, parfois difformes, qui joueraient un rôle stabilisateur,
humidificateur et protecteur du tas ufs fertiles qu'ils
surmontent. Au fur et à mesure de
l'incubation qui dure environ 64 jours dans le sable de
la plage, l'embryon va se développer en absorbant le jaune
de l'uf comme source d'énergie et en utilisant également
de l'eau provenant du sable environnant.
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Les petites tortues seront des mâles
si la température d'incubation est faible (<29°C)
ou des femelles si elle est plus
élevée (>29°C), comme chez certains autres
reptiles. L'éclosion a lieu dans le sable, la petite
tortue perçant sa coquille grâce à une petite
excroissance conique au bout de son museau (le "diamant"
chez les oiseau). Les tortues d'un même nid éclosent
presque toutes en même temps, puis se regroupent en colonnes
pour se hisser plus facilement vers la surface à travers
l'épaisseur de sable qui les recouvre.
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L'ascension peut durer plusieurs jours,
pendant lesquels les petites tortues terminent le développement
de leur carapace et absorbent le reste de vitellus. Puis, brutalement,
toutes les petites tortues, de 7
cm de long environ et semblables en tous point aux adultes, émergent
ensemble du nid et quittent rapidement l'aire de ponte, si possible
en direction de la mer.
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--> Si
les ufs et les petites tortues ont survécu aux destructions
des nids (naturelles ou non), aux aléas du développement
embryonnaire, aux risques d'étouffement lors de l'émergence,
et ont correctement dirigé leurs pas vers l'eau, elles s'exposent
alors aux prédateurs terrestres (chiens, crabes, oiseaux) puis
marins (silures, requins). Les chances de survie sont faibles, ce qui
est compensé au niveau de l'espèce par des pontes abondantes
et nombreuses.
-->La
croissance des juvéniles reste un mystère, car
pratiquement aucune Tortue Luth de moins de 80 cm n'a été
observée. Il semble cependant que la maturité sexuelle
soit atteinte après plus de 6 ans et que la longévité
totale puisse dépasser 50 ans.

Répartition
mondiale 
--> Les
tortues ne viennent à terre que pour pondre.
On ne peut donc recenser que les plages de reproduction. Plusieurs zones
tropicales ou subtropicales semblent être privilégiées
pour cette activité, comme les plages de Guyane française
et du Surinam, ou de Malaisie (fig 1 carte). Les lieux précis
peuvent varier en fonction de l'accessibilité de la plage et
de la modifications de certains facteurs, comme la pente, la profondeur
de l'eau à proximité ou le développement de la
végétation (mangrove).

--> En
dehors de ces périodes de reproduction, pendant lesquelles
les tortues restent à proximité des plages de nidification
entre chaque ponte, elles effectuent de grandes
migrations dont les trajets exacts sont encore peu connus.
--> Bien
que les indiens Kaliña de Guyane
vivent au quotidien à proximité des zones de ponte,
et qu'ils se soient nourris autrefois d'ufs de tortues luths,
aucune légende ne semble liée à ces reptiles
en Guyane.
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--> Les indiens Seri,
en Californie, pensaient cependant
que le monde avait débuté sur le dos d'une Tortue
Luth géante, et peignent aujourd'hui les squelettes des
tortues trouvées mortes.
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Enfin, plus proche de nous, Mercure
aurait fabriqué un luth avec une carapace vide trouvée
sur une plage, d'où son actuelle appellation.
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