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Partie 1-

L'animal

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Systématique

Biologie générale

Reproduction

Risques encourus

Répartition mondiale

Mythes et légendes

Tortue creusant son nid sur une plage de Guyane. Photo S Ferraroli.

Présentation de l'espèce

--> La présence de tortues marines en Guyane est mentionnée depuis le 18ème siècle par les naturalistes, mais il semble que des tortues luths, si différentes des autres tortues aquatiques, aient été observées dès le 16ème siècle près des côtes de France. Une grande partie de la vie de la Tortue Luth reste cependant encore très mystérieuse.

--> La Tortue Luth est un reptile chélonien dermochélyidé, c'est à dire qu'il ne possède pas d'écaille cornée comme les autres tortues, ni sur son dos, ni sur le reste du corps. Sa pseudo-carapace dorsale est formée de 5 crêtes tuberculées séparées par une mosaïque de petits nodules osseux imbriqués formant une structure (dossière) indépendante du reste du squelette, contrairement aux autres tortues dont la large dossière osseuse est soudée aux côtes. La solidité de la carapace est assurée par une couche très épaisse de tissu conjonctif graisseux et de cartilage entourant les nodules, ce qui lui confère une certaine souplesse très utile lors des plongées profondes. Le tout est recouvert d'une peau brillante ayant l'aspect du cuir, de couleur bleu-noir tacheté de blanc, plus claire sur le ventre, permettant un camouflage sous-marin quel que soit l'angle d'observation (d'où le nom anglophone " leatherback "). Les 5 carènes dorsales longitudinales, complétées par deux carènes latérales et 5 ventrales, renforcent la forme de luth caractéristique de cette espèce, présentant une zone frontale large et arrondie et une zone caudale triangulaire et pointue.

Trace de tortue luth étant retournée en mer. Photo S ferraroli

--> Sa taille imposante est un deuxième élément caractéristique, puisqu'avec une carapace d'en moyenne 1,60 m de long pour 1m de large, et une masse de 360 kg, elle est la plus grosse tortue au monde. Un mâle a même été recensé comme pesant plus 900 kg et mesurant plus de 2 m de long. Sa tête est également très imposante, large sur un cou très court ne permettant pas de rétractation sous la pseudo-carapace. Dépourvue de dents, comme les autres tortues marines, la Tortue Luth possède cependant une sorte de bec à plusieurs pointes tranchantes lui permettant d'attraper et de découper ses proies.

Portrait de tortue luth par V.Primault. Le "bec" est bien visible.

-->Enfin, elle possède quatre membres locomoteurs adaptés à une nage puissante, puisque ses nageoires, formées des doigts réunis sous une peau commune, sont plates, longues et larges pour une propulsion aquatique optimale (surtout les nageoires antérieures), et très mobiles pour orienter au mieux les déplacements (surtout les nageoires postérieures). Aucune griffe ni écaille n'est visible sur les nageoires.

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Biologie générale

--> Comme toutes les tortues marines, la Tortue Luth respire de l'air à la surface de l'eau en utilisant ses narines et ses poumons. Cependant, elle peut rester plus de 20 min en plongée, en utilisant l'oxygène dissous dans certains de ses tissus ou en extrayant un peu de l'oxygène de l'eau grâce à des papilles allongées présentes dans sa gorge. Sa carapace souple et les grandes quantités de graisse de son organisme lui permettent de plus de supporter les fortes contraintes de la pression liées à des plongées à très grande profondeur (jusqu'à 1000 m).

--> Elle se nourrit presque exclusivement de méduses, proie pourtant peu énergétique. Il lui faut en avaler de grandes quantités pour atteindre sa ration alimentaire quotidienne, et doit donc effectuer de grandes migrations à travers les océans pour trouver des zones riches en méduses.

Tu veux ma photo? Photo S fERRAROLI

--> Son métabolisme est également très particulier. Contrairement aux mammifères par exemple, la plupart des reptiles ne parviennent pas à maintenir leur température corporelle constante, celle-ci diminuant en milieu froid (l'activité diminue) et augmentant en milieu chaud (l'activité peut reprendre). Pour la Tortue Luth, les basses températures ne semblent pourtant pas être incompatibles avec une activité élevée, puisqu'elle parvient à contrôler en partie sa température interne et à maintenir une température supérieure à celle des eaux froides où elle vit. Ces capacités de thermorégulation sont sans doute à la fois dues à des facteurs physiologiques (masse imposante, épaisse couche de graisse isolante, système de limitation des pertes de chaleur par les pattes) et comportementaux (ponte de nuit), mais qui ne suffisent cependant pas à l'expliquer totalement.

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Reproduction

--> La reproduction des tortues marines reste assez mystérieuse, car les mâles, et plus encore les accouplements, sont rarement observés. La fécondation est interne, le mâle déposant son sperme dans le cloaque de la femelle grâce à son pénis au cours d'une copulation aquatique acrobatique. Plusieurs accouplements peuvent se succéder avec des partenaires différents. Les femelles stockeraient alors la semence mâle dans leurs voies génitales pour féconder leurs œufs progressivement tout au long de la période de reproduction qui dure plusieurs semaines, et qui est rythmée par les pontes à terre. Les mâles, eux, ne semblent jamais revenir à terre après leur naissance.

--> En Guyane, les pontes de tortues luth ont lieu en général en mai et juin, à intervalles assez réguliers de 10 jours, et se répètent 5 à 10 fois au cours de la saison de reproduction. Chaque ponte suit un protocole précis, débutant, au milieu de la nuit, par la sortie de l'eau (atterrissage, durée d'environ 10 min) et la montée vers le haut de la plage, à l'abri des marées hautes. La tortue balaye alors l'emplacement choisi avec ses pattes (15 min) avant de creuser un nid, simple puits de 80 cm de profondeur en forme de patte d'éléphant, à l'aide de ses pattes arrières (20 min). Puis elle s'immobilise au dessus du trou et pond une centaine œufs (15 min). Quant elle a évacué tous les œufs de son tractus génital, elle comble le nid avec du sable à l'aide de ses pattes arrières (10 min), puis brouille l'emplacement de la ponte en effectuant des déplacements plus ou moins circulaires accompagnés de balayages (20 min). Enfin, elle se dirige, mais pas toujours directement, vers la mer pour retrouver l'élément liquide. Sa difficulté à se déplacer à terre est proportionnelle à son agilité dans l'eau.

Balayage de l'aire de ponte, photo S. Ferraroli.
Balayage de l'aire de ponte, photo S. Ferraroli.
Creusement du trou de ponte, photo S. Ferraroli.
Ponte, photo S. Ferraroli.

 

--> Au cours de la ponte, la tortue secrète autour des yeux une substance gélatineuse, à tord prise pour des larmes de douleur, et dont le rôle semble être à la fois l'hydratation et la protection des yeux à terre et l'évacuation de sels concentrés dans son organisme du fait de sa nourriture marine.

--> Les 80 œufs fertiles, blancs et ronds, mesurent en moyenne 5cm de diamètre et pèsent environ 80g. Leur coquille est souple et humide, si bien qu'ils s'amassent au fond du nid sans se casser, avant d'être recouverts par une trentaine de petits œufs infertiles, parfois difformes, qui joueraient un rôle stabilisateur, humidificateur et protecteur du tas œufs fertiles qu'ils surmontent. Au fur et à mesure de l'incubation qui dure environ 64 jours dans le sable de la plage, l'embryon va se développer en absorbant le jaune de l'œuf comme source d'énergie et en utilisant également de l'eau provenant du sable environnant.

Bébés tortues à l'émergence. Photo S Ferraroli.

Les petites tortues seront des mâles si la température d'incubation est faible (<29°C) ou des femelles si elle est plus élevée (>29°C), comme chez certains autres reptiles. L'éclosion a lieu dans le sable, la petite tortue perçant sa coquille grâce à une petite excroissance conique au bout de son museau (le "diamant" chez les oiseau). Les tortues d'un même nid éclosent presque toutes en même temps, puis se regroupent en colonnes pour se hisser plus facilement vers la surface à travers l'épaisseur de sable qui les recouvre.

L'ascension peut durer plusieurs jours, pendant lesquels les petites tortues terminent le développement de leur carapace et absorbent le reste de vitellus. Puis, brutalement, toutes les petites tortues, de 7 cm de long environ et semblables en tous point aux adultes, émergent ensemble du nid et quittent rapidement l'aire de ponte, si possible en direction de la mer.

--> Si les œufs et les petites tortues ont survécu aux destructions des nids (naturelles ou non), aux aléas du développement embryonnaire, aux risques d'étouffement lors de l'émergence, et ont correctement dirigé leurs pas vers l'eau, elles s'exposent alors aux prédateurs terrestres (chiens, crabes, oiseaux) puis marins (silures, requins). Les chances de survie sont faibles, ce qui est compensé au niveau de l'espèce par des pontes abondantes et nombreuses.

Plage de ponte en Guyane au soleil couchant. Photo S ferraroli

-->La croissance des juvéniles reste un mystère, car pratiquement aucune Tortue Luth de moins de 80 cm n'a été observée. Il semble cependant que la maturité sexuelle soit atteinte après plus de 6 ans et que la longévité totale puisse dépasser 50 ans.

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Répartition mondiale

--> Les tortues ne viennent à terre que pour pondre. On ne peut donc recenser que les plages de reproduction. Plusieurs zones tropicales ou subtropicales semblent être privilégiées pour cette activité, comme les plages de Guyane française et du Surinam, ou de Malaisie (fig 1 carte). Les lieux précis peuvent varier en fonction de l'accessibilité de la plage et de la modifications de certains facteurs, comme la pente, la profondeur de l'eau à proximité ou le développement de la végétation (mangrove).

Tortue luth sur le sable de Guyane. Photo S Ferraroli

--> En dehors de ces périodes de reproduction, pendant lesquelles les tortues restent à proximité des plages de nidification entre chaque ponte, elles effectuent de grandes migrations dont les trajets exacts sont encore peu connus.

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Mythes et légendes

--> Bien que les indiens Kaliña de Guyane vivent au quotidien à proximité des zones de ponte, et qu'ils se soient nourris autrefois d'œufs de tortues luths, aucune légende ne semble liée à ces reptiles en Guyane.

--> Les indiens Seri, en Californie, pensaient cependant que le monde avait débuté sur le dos d'une Tortue Luth géante, et peignent aujourd'hui les squelettes des tortues trouvées mortes.

--> Enfin, plus proche de nous, Mercure aurait fabriqué un luth avec une carapace vide trouvée sur une plage, d'où son actuelle appellation.

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