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Partie 1-

L'animal

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Systématique

Biologie générale

Reproduction

Répartition mondiale

Risques encourus

Manchot Royal. Photo JP.Robin.

Présentation de l'espèce

--> Le Manchot Royal est un oiseau très particulier, puisqu'il ne peut absolument pas voler mais qu'il est parfaitement adapté à la nage. Debout sur ses pattes, il mesure un peu moins d'un mètre de haut. Ses ailerons, aussi efficaces que des nageoires, mesurent environ 34 cm, et son bec est long de 12 à 15 cm. Il pèse en moyenne 12 kg, mais selon la période du cycle annuel il peut osciller entre 8 et 20 kg. Il n'y a pas de différence visible entre les mâles et les femelles.

--> Son plumage, car ce sont bien des plumes qui recouvrent son corps, est gris ardoise sur le dos, blanc sur le ventre et la poitrine, et une étroite ligne de plumes noires sépare ces deux zones. La tête est noire, ornée de deux taches oranges au niveau des oreilles, couleur qui se prolonge sur la gorge et le haut de la poitrine. Une plaque orange est également disposée de chaque coté de la partie inférieure du bec. les pattes sont courtes, larges et foncées. Manchot royal.  Photo M.Gauthier-Clerc.

--> Tout le corps des manchots est adapté à la nage : les ailes sont de véritables palettes natatoires, aplaties et rigides, les pattes sont palmées et repoussées vers l'arrière du corps, les plumes sont courtes et rigides (assurant une bonne isolation et une bonne pénétration dans l'eau), la forme fuselée du corps est très hydrodynamique.

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Systématique

--> Le Manchot Royal Aptenodytes patagonica et le Manchot Empereur Aptenodytes forsteri forment à eux deux le Genre "Aptenodytes", qui signifie "plongeur sans ailes". Ils appartiennent à la Famille des Sphénicidés, terme signifiant "en forme de coin" et faisant allusion à la forme pointue de leurs ailerons.

Sous-Embranchement
Vertébrés
Classe
Oiseaux
Ordre
Sphéniciformes
Famille
Sphénicidés
Genre
Aptenodytes
Espèce
Patagonicus

-->Les sphéniciformes sont tous des manchots, et il en existe 17 espèces. Elles sont toutes réparties dans les eaux froides de l'hémisphère sud et ont toutes en commun leur incapacité au vol aérien. On pense que les manchots sont issus d'ancètres communs aux pétrels ou albatros actuels, il y a 50 millions d'années, qui auraient perdu leur aptitude au vol tout en améliorant leurs qualités de nageurs et plongeurs. Ils n'ont donc rien en commun avec d'autres oiseaux incapables de voler comme les autruches !

--> Il ne faut pas confondre les manchots et les pingouins !!! Ces derniers appartiennent à la Famille des Alcidés (comme les guillemots ou les macareux), qui vivent dans l'hémisphère nord et ont toujours la capacité de voler. Malheureusement, les manchots ressemblent beaucoup à une espèce d'Alcidés aujourd'hui disparue, le Grand Pingouin ... et la confusion a été faite par les marins des siècles derniers ! Elle est depuis entretenue par l'appellation anglophone des manchots qui est traduite "penguins". En fait, les premières gravures représentant un manchot royal datent de la fin du XVIIIème siècle, lors du voyage de Cook !

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Biologie générale

--> Le Manchot royal se nourrit exclusivement en mer. Il pêche principalement des poissons myctophidés (poissons lanternes) et des céphalopodes (calmars) au cours de longs trajets alimentaires de plusieurs jours, et est donc contraint au jeûne durant les périodes passées à terre. Sa vie n’est donc qu’une alternance de voyages alimentaires en mer et de jeûnes à terre, selon un cycle très particulier.

Manchots royaux en bord de côte.  Photo M.Gauthier-Clerc

--> Son cycle reproducteur ne se répartit pas sur une année, mais dure environ 16 mois. Le Manchot Royal ne peut donc pas se reproduire avec succès tous les ans, et dans une même colonie, à un moment donné, on trouve des individus à des stades différents du cycle. Cependant les saisons imposent des contraintes climatiques qui rendent impossibles certaines activités à certains moments de l'année.

Cycle reproducteur du Manchot Royal, d'après JJ Ménard.

--> En dehors de la reproduction (voir paragraphe ci-dessous), l'autre activité importante des manchots à terre est la mue. En effet, le plumage doit être régulièrement renouvelé pour conserver ses qualités isolantes et protectrices. Durant la mue, les manchots ne peuvent pas se rendre en mer, et sont donc soumis à un long jeûne alors que l'organisme a besoin de beaucoup d'énergie pour fabriquer les nouvelles plumes. En prévision de ces dépenses spéciales, les manchots qui arrivent à terre pour muer ont accumulé en mer de très grandes quantités de graisse et de muscle, et ils pèsent environ 20 kg, au lieu de 12 en moyenne le reste de l'année.

Poussins de manchots royaux en mue.  Photo JP Robin.

--> Les jeunes aussi doivent muer, après leur longue croissance à terre. Leur duvet marron va céder la place à un plumage noir et blanc imperméable et dense, autorisant les plongées dans les eaux fraîches de l'océan subantarctique.

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Reproduction

--> Comme indiqué sur le graphique ci-dessus, le cycle reproducteur du Manchot Royal est très complexe. Toute la reproduction s'effectue à terre, en immenses colonies, et impose donc de longues périodes de jeûne, à la fois pour les adultes et pour les poussins.

Colonie de manchots royaux à Crozet. Photo JB Charrassin.

--> Après avoir reconstitué en mer leurs réserves de graisse après la mue, les manchots reviennent dans la colonie pour trouver un partenaire. Les sites utilisés présentent des sols dénudés et aplanis, souvent des fonds de vallées sableuses. Parades et accouplements se succèdent durant 2 à 3 semaines, au son de cris permettant la reconnaissance de chaque individu.

Manchots royaux en parade.  Photo M.Gauthier-Clerc

--> Comme le Manchot empereur qui se reproduit sur les glaces antarctiques, le Manchot royal ne fait pas de nid. L'oeuf unique (environ 300 g) est posé sur les pattes de l'adulte, protégé par un repli de peau nue du ventre qui maintient une température optimale pour l'incubation. La femelle transmet l'oeuf au mâle quelques heures après la ponte, puis les partenaires alternent l’incubation toutes les 2 à 3 semaines, permettant à chacun d'aller se nourrir en mer.

L'oeuf est échangé entre les deux membres du couple. Photo JP RobinL'oeuf éclot entre les pattes de l'adulte. Photo JP.Robin.Le poussin réclamme sans cesse de la nourriture. Photo JP.Robin.

--> Quand le poussin a éclos, il faut le nourrir, beaucoup le nourrir. Les parents alternent donc encore les trajets en mer et les nourrissages à terre par régurgitation, jusqu’à ce que le petit soit suffisamment autonome pour pouvoir attendre seul, enfin regroupé avec ses homologues en crèche, que ses deux parents viennent le nourrir conjointement.
Cette période va durer deux mois environ, jusqu’à ce que, cas unique chez les oiseaux, le poussin n’entame un long jeûne hivernal de près de 5 mois. Au printemps austral, les deux parents reprennent intensivement l’alimentation du poussin, qui reprend alors sa croissance jusqu’à sa mue et son départ en mer à 11 mois environ.

Le poussin, bien nourri, grandit vite. Photo JP RobinA un an, le poussin peut-être vraiment dodu! Photo C.Thouzeau.Crèche de poussins de manchots royaux.  Photo M.Gauthier-Clerc

--> Ce n'est qu'à ce moment-là que l’adulte pourra reconstituer ses propres réserves pour muer à son tour.

--> Les trajets en mer des manchots royaux ont donc des objectifs différents selon la période du cycle annuel, mais il étaient jusqu’à l’utilisation des balises Argos pratiquement inconnus (voir chapitre Résultats).

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Répartition mondiale

--> Le Manchot Royal se répartit uniquement dans les zones subantarctiques, principalement entre 45° et 58° Sud. De très importantes colonies sont présentes dans la zone subantarctique de l'océan indien, et plus particulièrement dans les îles des archipels français de Crozet et de Kerguelen, avec près de 300 000 couples recensés dans chacun de ces deux sites. Au total, on évalue à 1,4 million de couples la population mondiale de manchots royaux, les non-reproducteurs étant difficiles à recenser.

--> En mer, leurs déplacements les amènent parfois vers le sud jusqu'au continent antarctique, et au nord jusqu'à la convergence subantarctique.

Aire de répartition du Manchot royal, d'après R. Marion.
Sur l'archipel de Crozet, la flore est basse. Photo M Gauthier-Clerc.

--> Le climat sur l'archipel de Crozet est de type océanique, avec des températures basses (en moyenne 5°C), des pluies abondantes et des vents violents. Les différences entre les saisons ne sont pas très marquées.

--> L'origine volcanique du sol a influencé la topographie actuelle, faite de plages, de vallées, de falaises et de plateaux. La végétation se limite à des mousses, des lichens et quelques graminées.

--> La faune se compose des nombreuses espèces d'invertébrés au sol, de mammifères exclusivement marins, et de 36 espèces d'oiseaux (représentées par des millions d'individus) qui trouvent là une terre propre à la reproduction.

Sur l'archipel de Crozet, l'eau douce est abondante. Photo JP.Robin.

 

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Risques encourus

--> Peu de prédateurs naturels s'attaquent aux manchots royaux adultes. En mer, ils peuvent cependant être chassés par des orques ou des léopards de mer, mais ce sont souvent les individus les moins expérimentés qui périssent sous leurs machoires. Par contre, à terre, ce sont les oeufs et les jeunes qui sont la proie d'autres oiseaux. Du stade de l'oeuf à celui de poussin déjà grand, tout manchot laissé seul et légèrement affaibli peut être agressé par des pétrels géants ou des skuas.

--> Les conditions climatiques naturelles sont également la cause de la mortalité de beaucoup d'oeufs avant éclosion, notamment lorsqu'une tempête ravage la colonie en pleine incubation. Les oeufs sont alors abandonnés ou brisés sur place.

--> Parfois c'est simplement la maladresse des parents qui cause la perte de l'oeuf, si l'échange ne réussi pas en cours d'incubation ! Et si le partenaire parti plusieurs jours en mer pour s'alimenter ne revient pas à temps, l'autre membre du couple pourra finalement abandonner son oeuf pour sauver sa propre vie en allant lui aussi se nourrir en mer.

--> Enfin, le manchot royal, s'il n'est plus aujourd'hui chassé comme ressource alimentaire ou combustible pour les baleiniers, est tout de même menacé par la pollution, le dérangement de ses zones de reproduction, le traffic maritime et la pression de chasse sur ses proies. Cependant les effectifs sont toujours en augmentation !

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