Partie 2-
Le suivi par satellite

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Contexte scientifique de l'étude par suivi satellite
--> Les
prédateurs pélagiques sont très peu connus
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Comme la Partie
1 (biologie générale) vous le détaille,
les manchots royaux alternent tout au long de leur cycle annuel
des trajets alimentaires en mer et des périodes
à terre pour assurer la mue annuelle du plumage
et la reproduction. Ces oiseaux plongeurs étaient jusqu'à
présent très peu accessibles pour les chercheurs
pendant leurs voyages en mer, et leurs trajets pratiquement inconnus.
L'étude des animaux en mer est en effet soumise à
de très nombreuses contraintes techniques, qui limitent
souvent l'accès aux informations de base : où
vont-ils ? comment ? pourquoi ?
Le suivi par satellite grâce
aux balises Argos est donc une solution très intéressante
pour retracer avec précision les déplacements de
ces oiseaux en mer, lors de voyages qui peuvent durer plusieurs
semaines et s'étendre sur des centaines de kilomètre.
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--> Dans le but d'établir avec précision
les déplacements alimentaires des manchots royaux à
différents moments du cycle annuel, en relation avec les
conditions climatiques, le CEPE et le CEBC (CNRS) étudient
chaque été austral les trajets
de plusieurs manchots royaux au départ des îles subantarctiques
françaises, au moyen d'émetteurs pouvant
être localisés à très longue distance
: les balises Argos. Depuis 1994, le CNRS
et l'Institut
Paul-Emile Victor (IPEV, ancien IFRTP) ont financé
des dizaines de balises qui ont permis l'établissement
de nombreux mouvements en mer selon les contraintes de la reproduction
et la variabilité de l'environnement austral.
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Les recherches effectuées
par le CEPE-CNRS
(Strasbourg, France) et le CEBC-CNRS
(Chizé, France) résultent de nombreuses collaborations
nationales et internationales : l'IPEV(Brest,
France), les TAAF (La Réunion, France), le le MNHN
(Paris, France), l'université de Birmingham (Grande-Bretagne),
le NIPR (Japon),
l'IFM-Kiel
(Allemagne).

Matériel
et méthodes
--> Compte tenu du coût élevé
d'une telle technique (matériel fait sur mesures et obtention
des localisations par satellite), seuls quelques manchots sont muni
chaque année d'une balise. Le matériel
peut être parfois réutilisé d'un animal à
l'autre au cours d'une même saison, car il est assez facile
de recapturer un manchot de retour à terre pour lui enlever sa
balise puisqu'il est fidèle à sa colonie. Le suivi de
ces manchots est effectué depuis 1994 sous la responsabilité
de Charles-André Bost du CEPE.
--> Le système de localisation
par satellite grâce au système Argos est basé
sur l'utilisation de balises, qui
emmettent régulièrement des messages codés
(toutes les 45 secondes dans le cas des manchots). Plusieurs satellites
en orbite autour de la terre captent ces signaux, et parviennent
ainsi à localiser la balise quelle que soit sa position
à la surface de la terre. Les satellites renvoient alors
ces informations à un site relais situé à
Toulouse, qui traduit les résultats en coordonnées
intelligibles. Par connexion informatique, les chercheurs ont
ensuite accès aux données de localisation
des balises, presque en temps réel.
Plus d'infos sur le système Argos
dans le chapitre Technique.
--> Un problème auquel
sont confrontés les chercheurs est lhydrodynamisme
quasi-parfait de ces oiseaux. Tout appareillage entraîne
un frein et donc un surcoût énergétique potentiellement
nuisible pour lanimal. De plus, comme ils plongent très
profondément, le matériel doit résister à
des pressions considérables.
Comme vous le voyez sur la photo du haut
(balise pour les gorfous, manchots de petite taille), les balises
utilisées sont donc petites, de forme hydrodynamique, coulées
dans un bloc de résine, noires pour se fondre dans le plumage,
et équipées dune antenne orientée vers
le ciel quand le manchot nage en surface.
Sur la photo du bas, un modèle
plus volumineux de balise Argos est collé aux plumes avec
une colle instantanée (balise pour manchots royaux, plus
corpulents, alimentée par 2 piles permettant une autonomie
plus longue). La pose est effectuée en quelques minutes,
et la colle a lavantage de ne pas abimer le plumage, même
au moment ou lon déséquipe lanimal.
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Résultats et analyses
1- Résultats janvier-mars 2004 -
mise à jour 26 avril 04
Dans le cadre de l'Exposition "Espèces à
suivre" à Strasbourg, les suivis
de 12 manchots réalisés par le CEBC de Chizé ont
été mis en ligne en direct sur
une page spéciale.
2- Résultats janvier-mars
2003
Parallèlement aux navigateurs de la course "Around
Alone", les trajets alimentaires de manchots royaux de Crozet ont
été suivis par satellite dans les mêmes zones sub-antarctiques.
Tous les suivis réalisés de janvier
à mars 2003 .
3- Résultats février-mars
2002
L'été antarctique (décembre 2001-mars
2002) a vu de nombreux manchots porteurs de balises à Crozet
et Kerguelen. Huit manchots royaux, équipés entre le 14
février et le 13 mars 2002 au départ de Kerguelen, vous
livrent leurs trajets sur
une page spéciale.
4-
Résultats antérieurs, permettant une analyse complète
Voir les références
bibliographiques des publications correspondantes en Partie
3 - Bibliographie
--> Des dizaines de suivis par
satellites ont été réalisés depuis
1994 autour des archipels de Crozet et de Kerguelen, comme le montrent
les points rouges sur cette carte (données 1994-2000). Les trajets
obtenus sont caractéristiques du comportement hautement océanique
des oiseaux, qui peuvent séloigner à la nage jusquà
près de 2000km de leur île.

--> A
Kerguelen, les manchots effectuent deux type de trajets au cours
de l'été (période de l'élevage
des jeunes):
Des trajets "courts" (inférieurs
à 200km, comme celui représenté en bleu sur la
carte ci-dessous), impliquant un retour à terre fréquent.
Le manchot pêche alors au niveau du plateau océanique qui
entoure larchipel (sans franchir les traits fins noirs indiquant
les lignes d'iso-profondeur).
Des trajets "longs" (plus de
400km, en rouge sur la carte ci-dessous), qui les amènent en
zone océanique, et où l'augmentation de la fréquence
des localisations permet également de montrer que les manchots
passent plus de temps au dessus de zones plus profondes. Ils s'y alimentent
de des proies de plus grande taille et de calmars.

--> En ajoutant un nouvel élément
de réflexion à létude des trajets longs,
comme des données océanographiques, on peut affiner lanalyse
des déplacements.
A Crozet, où les oiseaux sont suivis depuis 1994, il
a été observé que les manchots ne se dirigent
pas au hasard, mais préférentiellement
vers le front polaire, "barrière" hydrologique,
zone de forte concentration de biomasse, due à laffrontement
de masses deau de températures différentes
(eaux atlantiques réchauffées au nord et eaux antarctiques
froides au sud).
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En 1994, année « normale »,
le front polaire se situait à environ 450 km de Crozet,
comme le reflète le trajet ici en
vert. Mais en 1996, une anomalie
climatique chaude a été ressentie dans le sud de
locéan indien, entraînant un éloignement
vers le sud de ce front polaire, et une augmentation de la distance
parcourue par ce manchot représentatif en
rouge.
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Cette année là, le réchauffement des eaux
a entraîné un enfoncement et/ou un éloignement
des bancs de poissons lanternes, devenus innaccessibles aux prédateurs.
Les manchots ont du adapter leurs trajets alimentaires pour
atteindre le front :
le rayon daction des manchot a augmenté de 55%, le
temps du voyage de 30%, mais en conséquence le succès
reproducteur à fortement diminué de 70%! Ces oiseaux,
qui vivent longtemps (plus de 20 ans en général),
privilégient ainsi leur survie au dépend de leur
reproduction.
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Ainsi, en analysant les localisations par rapport à
dautres données complémentaires, les chercheurs
peuvent mesurer limpact de certains changements globaux sur un
des prédateur en haut de la chaîne alimentaire marine.
--> Nous voici maintenant en
situation hivernale, pendant que le poussin jeûne à terre,
avec une comparaison sur 2 années, mises en relation avec des
cartes satellites des glaces antarctiques.


Les manchots royaux se déplacent à une échelle
spatiale encore plus grande (trajets en rouge
au départ de Crozet), puisquils quittent la zone de front
polaire pour atteindre cette fois les glaces antarctiques en formation
(en vert et bleu).
Une fois dans la zone de formation de la banquise, ils traversent les
zones deau libre pour prospecter préférentiellement
en limite des zones diceberg (en jaune),
où leurs proies, les poissons lanternes, sont encore abondantes.
En près de 3mois, ces oiseaux auront accompli plus de 6000 km
à la nage (Charrassin et Bost, 2001).
--> Les manchots salimentent
exclusivement par plongée pour capturer leurs proies,
la connaissance de leur comportement dans la troisième dimension
est donc capitale pour comprendre réellement les motivations
des trajets alimentaires (Bost et al, 1997).
Cest pourquoi, en plus dune balise Argos, certains
manchots sont équipés de capteurs
permettant lenregistrement de la pression, pour connaître
la profondeur de plongée,
des capteurs de vitesse, de luminosité,
de température, voire pour
certains des microsondes placés dans lsophage
ou lestomac pour mesurer la température
des prises alimentaires et en déduire leur fréquence
dingestion. Ces capteurs ne transmettent pas leurs
données par lintermédiaire des satellites,
mais doivent être récupérés lors du
retour du manchot à sa colonie, pour que les chercheurs
puissent y prélever les résultats enregistrés
en mémoire.
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Voici l'exemple dune approche combinée,
où le même manchot a été équipé
dune balise Argos et dune sonde de mesure de la prise
alimentaire à Kerguelen.
Ainsi, au cours ce trajet représenté en
rouge, les quantités de proies avalées ont
pu être estimées tout au long du déplacement
(ronds jaunes).
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Il apparaît que la majorité de la pêche
seffectue à lextrémité du trajet, là
où les proies sont les plus abondantes, et que le reste du voyage,
surtout à laller, correspond à des phases de transit
où l'oiseau nage rapidement. Ceci permet donc de localiser
les zones de concentration des proies dont ils dépendent
(ce qui serait extrêmement difficile avec les techniques océanographiques
conventionnelles), de mieux connaître la
stratégie alimentaire de ces prédateurs, et de
préciser leur rôle dans les chaînes
alimentaires de locéan austral.
--> Plus précisément
encore, un autre oiseau a été équipé
simultanément dun enregistreur de plongée et dune
sonde de température oesophagienne (Charrassin et al, 2001).
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Les chutes brutales de la température de loesophage
(courbe bleue), correspondant à
la capture d'un poisson, peuvent être minutées en
parallèle avec l'enregistrement de la profondeur de plongée
(courbe verte). En supperposant les
deux courbes, on découvre les paliers de profondeur (représentés
par un petit poisson) où le manchot est allé capturer
ses proies : entre 50 et 90 mètres pour cet individu.
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--> Enfin, dernière application,
des capteurs de température de leau, embarqués sur
les manchots, fournissent eux aussi des données océanographiques.
Couplées aux localisations par satellite, ces prises de
température du milieu par les manchots permettent lobtention
des champs thermiques des colonnes deau traversées par
les oiseaux (graphique ci-dessous). Les manchots apportent ainsi à
lhomme des renseignements hydrologiques très utiles, en
"3 dimensions", sur des zones du milieu marin parfois hors
d'atteinte, et complèteront ainsi à l'avenir les campagnes
océanographiques, difficiles à mener dans les "40èmes
rugissants".
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Les zones chaudes (rouge et jaune)
et froides (vert et bleu)
des eaux traversées par les manchots peuvent être
ainsi représentées en "3D" (Koudil
et al, 2000).
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--> Conclusions :
Le manchot instrumenté devient
aujourd'hui un véritable auxiliaire océanographique et
biologique, apportant aux équipes de recherche de précieux
renseignements sur lévolution de ses proies, des températures
de son milieu, de son comportement, etc... Ces informations sont primordiales
pour tenter de mieux comprendre les conséquences
des variabilités climatiques à court et moyen terme sur
les ressources marines, un des enjeux majeurs dans nos sociétés
actuelles.
Le suivi par satellite ne se limite donc pas
à tracer des routes migratoires!
Il permet aussi d'étudier dans sa globalité
un phénomène écologique.
Cependant, un des soucis des chercheurs concerne le respect de l'oiseau
: les manchots ne doivent pas devenir des animaux
suréquipés de capteurs "high-tech", au
risque de les perturber réellement ! De plus, les quantités
de données ainsi obtenues sont déjà tellement importantes
que des problèmes techniques de traitement des fichiers peuvent
déjà se poser. Enfin, cette masse
d'information nécessite un énorme travail de dépouillement
et d'exploitation informatique et scientifique, qu'il faut pouvoir gérer
dans les équipes de recherche pluridisciplinaires.

--> Ces résultats préliminaires pourront
à l'avenir être modifiés par les chercheurs en fonction
de l'interprétation de nouveaux paramètres (données
complémentaires, bibliographie...), ils ne constituent pas une
publication. Données et cartes réservées à
l'usage éducatif, propriétés du CEPE-CNRS.



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