Partie 1-
L'animal

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Présentation
de l'espèce
--> Le Phoque
gris est un mammifère marin de
l'hémisphère Nord, qui fut
longtemps chassé par l'Homme pour sa fourrure et sa graisse,
notamment au siècle dernier. Il est actuellement protégé
par des réglementations nationales et internationales.
Cette espèce présente
un profond dimorphisme
sexuel : les mâles
adultes atteignent 2,30 m et 330 kg tandis que les femelles ne dépassent
pas 1,90 m et 190 kg. Le jeune à la naissance - que l'on nomme
également "blanchon" en raison de son pelage laineux
blanc appelé "lanugo" - mesure environ 90 cm pour 11
à 20 kg.
Les phoques ressemblent à leurs cousines les otaries, mais ils
se distinguent par leur tête dépourvue
d'oreilles externes et par leurs membres postérieurs toujours
tournés vers l'arrière. Cette dernière particularité
est à l'origine de leur locomotion "rampante" que l'on
observe à terre : ils progressent par des ondulations verticales
du corps, qui ne font pas intervenir les membres arrières. On
peut reconnaître les phoques gris grâce au profil
convexe de leur tête, observé à la fois chez
le mâle et la femelle. Cette caractéristique est toutefois
beaucoup plus accentuée chez le mâle (photo ci-dessous,
un mâle adulte en mer).

Le pelage de la plupart des
femelles est de couleur crème, sous le ventre et au niveau du
cou, parsemé de taches foncées plus ou moins nombreuses
selon les individus. Le dos est généralement uniformément
sombre. La coloration des mâles est plus uniforme et plus sombre,
particulièrement lorsqu'ils ont atteint leur maturité
sexuelle.
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Le Phoque gris est adapté à la nage et à la vie
en milieu aquatique. En effet,
comme les autres représentants de son groupe (les Pinnipèdes),
il possède plusieurs caractéristiques précieuses
pour évoluer en milieu aquatique. Un corps fuselé et hydrodynamique,
avec une tête dépourvue de pavillon externe de l'oreille,
facilite son évolution en milieu liquide. Ses membres sont en
forme de nageoire et sa queue est courte. Enfin, les organes génitaux
ainsi que les glandes mammaires sont logés sous la peau. Autant
de spécialisations qui optimisent le déplacement du phoque
dans l'eau. Les phoques (et
les Pinnipèdes en général) présentent
une vision adaptée à la fois au milieu aquatique et au
milieu aérien. La rétine est épaisse et l'organisation
interne de l'oeil permet d'augmenter la sensibilité à
la lumière. Les vibrisses (= moustaches) sont particulièrement
développées et ont une fonction tactile importante ; d'après
certaines études les phoques pourraient s'en servir pour localiser
puis chasser leurs proies.
-->D'autre part,
les phoques ont, à l'instar des autres mammifères marins,
développé des adaptations
leur permettant de compenser l'immense
perte de chaleur qui résulte de la vie en milieu aquatique.
Ainsi le corps de ces animaux est presque sphérique, ce qui a
permis de diminuer le rapport surface-volume (c'est par la surface du
corps que la chaleur se pert au contact
du milieu extérieur). L'isolation du corps est augmentée
grâce à d'épaisses couches de graisse, situées
sous la peau. Et même si les phoques ont une fourrure plus fine
que celle des otaries, elle est suffisante pour emprisonner une couche
d'air isolante lorsqu'ils plongent.
Enfin, des systèmes physiologiques contribuent à conserver
la chaleur corporelle à l'intérieur du corps en réduisant
le flux de sang vers les extrêmités, ce qui diminue les
pertes de chaleur. D'autres adaptations sont également
observées, comme la réduction du rythme cardiaque en plongée,
une forte concentration de globules rouges, ou des réserves d'oxygène
concentrées dans les muscles et le sang.


Systématique
--> Le Phoque gris, Halichoerus
grypus, est le seul représentant du genre Halichoerus.
Ce terme signifie "cochon de mer" en grec. Le nom de l'espèce,
qui signifie "nez busqué", désigne le profil
convexe particulier, très prononcé chez le mâle
adulte.
| Sous-Embranchement |
Vertébrés |
| Classe |
Mammifères |
| Ordre |
Carnivores |
| Sous
ordre |
Pinnipèdes |
| Famille |
Phocidae |
| Genre |
Halichoerus |
Espèce |
grypus |
--> Le terme de Pinnipèdes,
qui signifie "pied en forme de nageoire", désigne les
mammifères carnivores dont les doigts sont réunis par
une palmure. Ils s'opposent aux Fissipèdes, mammifères
carnivores terrestres, qui eux possèdent des doigts libres (la
racine "fissus" signifie "divisé").
Le sous-ordre des Pinnipèdes regroupe les mammifères
aquatiques appartenant aux familles des Otariidae (Phoque à
fourrure et Otaries), des Odobenidae (Morses) et des Phocidae (Phoques).
Contrairement aux autres mammifères marins, les Pinnipèdes
sont contraints de regagner la terre ou la glace pour se reproduire
et donner naissance à leur petit.
Des fossiles de Pinnipèdes - remontant au moins à la fin
de l'Oligocène, il y a 27 à 25 millions d'années
- ont par ailleurs été découverts.
-->Les
Phocidae sont aussi appelés phoques "vrais"
ou encore "sans oreilles" en raison de l'absence de pavillon
externe.

Biologie
générale
--> Le Phoque gris est un carnivore,
et consomme une grande variété de
poissons et de céphalopodes (calmars). La majeure partie
de son alimentation est constituée de lançons (ou équilles),
un poisson appartenant au groupe des Ammodytidae. Suivant les endroits
et les saisons, ce type de poisson peut constituer plus de 70% de l'alimentation
du Phoque gris. D'autres proies sont également au menu : harengs,
merlus, cabillaud, lieu, colin, poissons plats ...
Le Phoque gris chasse principalement au fond de la mer (c'est un chasseur
benthique) et effectue des plongées pouvant atteindre plus de
200 mètres et durer environ 5 à 10 min pour rechercher
sa nourriture. Il peut dormir à terre, dans l'eau en surface
ou sur le fond, remontant de temps à autres pour respirer en
surface. Ses apnées peuvent alors durer près d'une demi-heure
!
-->Les femelles atteignent leur
maturité sexuelle entre 3 et 5 ans et les mâles autour
de 6 ans. Cependant, il semblerait qu'ils n'acquièrent une maturité
sociale que vers 8 ou 10 ans, car les mâles doivent être
suffisamment gros et forts pour devenir dominants dans leurs combats
avec les autres mâles.
-->Le Phoque gris mue
une fois par an, entre janvier et mars. Il revient à terre pour
la mue et la reproduction. Tous les phoques présentent une mue
annuelle, au contraire des Otariidae qui eux renouvellent leur pelage
graduellement chaque année.


Reproduction
--> La reproduction du
Phoque gris s'effectue à terre, en colonies
situées sur des îles reculées et inhabitées
ou bien sur de la glace stable. En général, les phoques
gris sont assez fidèles vis à vis de leurs sites de reproduction
et ils y reviennent l'année suivante. Des études récentes
montrent même que les femelles ont tendance à revenir sur
leur site de naissance pour se reproduire. L' île la plus importante
où l'on trouve ces colonies est l'île de Sable au Canada
(cf. répartition mondiale). En Bretagne,
les phoques fréquentent le chapelet d'îles basses de l'archipel
de Molène.

--> Entre septembre et mars, les femelles donnent
naissance à un seul petit, appelé blanchon
(septembre pour les colonies au sud du Royaume Uni, mars pour les colonies
en Mer Baltique). Le phoque nouveau-né pèse entre 11 et
20 kg, et peut atteindre jusqu'à 40 kg au sevrage, 3 semaines
plus tard.

La femelle jeûne durant toute la période de lactation
et peut perdre jusqu'à 40 % de sa masse initiale. Même
si cette période ne dure que 3 semaines, le nouveau-né
peut accumuler beaucoup de graisse sous-cutanée car le lait produit
est extrêmement riche et gras. La prise de poids est indispensable
à la survie du jeune. En effet, vers la fin de la lactation,
la femelle entre en chaleur et va s'accoupler, puis les adultes se dispersent
: le sevrage survient brutalement. Les
jeunes de l'année sont ainsi livrés à eux même
et les réserves de graisses accumulées vont alors leur
permettre de survivre pendant leur phase d'apprentissage de la chasse
autonome. Cette période est la plus critique pour les phoques
gris, puisque la mortalité atteint 50% avant la première
année de vie (cf. Risques encourus ).

--> Les mâles entrent
en compétition pour se reproduire, mais ils ne défendent
pas de territoires. L'accouplement survient
aussi bien à terre que dans l'eau (alors que la femelle quitte
la zone terrestre de reproduction).
La gestation dure 8 mois. Cependant la
plupart des Pinnipèdes peuvent réguler leur cycle en retardant
l'implation de l'oeuf d'un mois et demi à cinq mois après
l'accouplement. Cette capacité leur permet ainsi de retarder
les naissances de façon à synchroniser les saisons de
reproduction successives : les adultes se dispersant pendant l'année,
mâles et femelles adultes se retrouvent pour la reproduction chaque
année à la même période.

Répartition
mondiale
--> Le Phoque gris
se trouve dans l'hémisphère Nord.
On trouve le Phoque gris dans la partie ouest de l'Atlantique au niveau
de l'île de Sable (Canada, environ 85 000 individus en 2002)
et du Golfe du St Laurent (69 000 individus en 2002).
Les populations de l'Atlantique nord se situent en Islande (11 600
phoques en 1987), Norvège (3000 phoques en 2002), Irlande (2000
phoques en 2002), et Mer Blanche (entre 1000 et 2000 phoques en 2002).
5000 individus ont également été comptés
en 2002 en mer Baltique. La population britannique (recensée
chaque année) comptait au moins 130 000 d'individus en 2002.

--> En
Bretagne (données de 1998), on trouve des individus au
niveau de l'archipel de Molène (50 à 60 phoques) et de
l'archipel des Sept Iles (15 à 20 phoques). Ce sont les deux
seules colonies établies, au sein desquelles ont été
observées des naissances. Il y a également des observations
ponctuelles de phoques gris sur toute la côte nord de la Bretagne.
Au total, on estime à environ 150 ou 200 le nombre total de phoques
gris fréquentant les côtes bretonnes à un moment
ou à un autre de l'année (données 1998-2000).
Remarque : les chiffres annoncés correspondent au nombre
simultané de phoques pouvant être observés sur ces
sites mais, tous les phoques n'étant pas présents au même
moment, à l'echelle de la journée ou des saisons ; les
effectifs totaux sont en fait supérieurs.

Risques
encourus
--> Il existe un certain nombre de prédateurs
naturels qui s'attaquent aux phoques gris : l'ours polaire, l'épaulard
et les requins. Les phoques gris vivant sous la banquise ont besoin
de creuser des trous d'air dans la glace pour venir respirer. L'ours
polaire est capable grâce à son odorat de repérer
ces trous. Il lui suffit alors de patienter et d'attendre qu'un phoque
sorte la tête pour respirer : il le tue et le sort de l'eau, d'un
seul coup de patte.
--> Les jeunes phoques
sont également soumis à un certain nombre de risques.
Tout d'abord au cours de leur phase d'apprentissage, ils semblent beaucoup
plus vulnérables aux captures accidentelles
dans des filets maillants calés. Ces filets, que l'on
place sur le trajet des bancs de poissons, présentent une maille
de grande taille permettant de retenir le poisson prisonnier au niveau
de la tête. Ce type de filet est dit "calé" ou
"ancré" car il est posé sur le fond et maintenu
grâce à des ancres ou des lests, et un phoque pris dans
les mailles ne peut plus venir respirer à la surface.

--> D'autre part, les jeunes
sont particulièrement vulnérables au moment de leur phase
d'apprentissage. Au cours de leur premier hiver, ils doivent
expérimenter et améliorer leur techniques de chasse, et
une partie des jeunes de l'année épuisent leurs réserves
énergétiques avant de parvenir à chasser efficacement
! Se trouvant en difficulté, ces jeunes vont chercher refuge
vers les côtes car les températures y sont plus favorables.
Ce comportement mène à un inévitable échouage,
suivi quelques jours plus tard par la mort, les phoques étant
alors incapables de se nourrir.
NB: il existe une clinique pour phoques à
Océanopolis (Brest) où sont recueillis et soignés
de jeunes phoques échoués. Voir http://www.oceanopolis.com/
--> Enfin, comme pour de nombreuses autres espèces
marines, c'est l'exploitation de l'océan
par l'Homme qui représente un danger pour les phoques
gris. Les phoques gris ont longtemps été exploités
pour leur graisse et leur fourrure, et même s'ils sont désormais
protégés et que leurs effectifs se sont reconstitués,
certains sont encore abattus volontairement, par braconnage ou par conflit
avec les pêcheurs à cause des ressources poissonnières.
Mais en Bretagne, la pêche, l'exploitation des laminaires (algues)
ou le trafic inter-îles ne semblent pas avoir d'impact direct
sur ces mammifères marins. L'évaluation de l'impact du
tourisme naturaliste en relation avec la mise en valeur du patrimoine
naturel est également en cours d'étude.




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